Ensemble, nous nous sommes dirigés vers la mer. De gros nuages bas voilaient la lande après des pluies torrentielles mais en direction de la mer, la couche nuageuse était moins épaisse et laissait passer les rayons du soleil.
 Lennart Olson vient ici tous les jours. Il peut se promener pendant des heures, parcourir des kilomètres sur la plage. Ici, il n'y a aucun bâtiment, seulement des pins balayés par le vent, des arbustes de genévrier, de bruyère et de camarines recroquevillés. De son studio, Lennart peut voir la lande et la mer du Nord. Nous nous rendons à la plage de Steninge, un environnement mythique. Les roses rugosa sont en pleine floraison, l'armeria commence à se faner en cette saison. La rangée de rochers escarpés bas et sombres est interrompue ça et là par de petites criques légères et sableuses. Cette bande de plage fait partie d'une réserve naturelle qui s'étend sur une longue distance en direction du nord et du sud. Les pies de mer semblent se moquer de nous. Quelques chevaux nous regardent d'un œil suppliant de derrière leur barrière.

| | « Regardez », dit Lennart en montrant du doigt une touffe d'herbes décolorées et jaunissantes de l'année dernière, si longues que le vent les fait se courber. « C'est comme un pont. » Ce sont ses photos de ponts qui ont rendu Lennart célèbre dans le monde entier. Les ponts l'ont toujours fasciné. On peut peut-être expliquer cet intérêt par le fait que, lorsqu'il était enfant, il a vu son père plonger d'un pont ferroviaire dans la Higg qui traverse Fritsla, le village suédois où il a grandi.
 « Papa était taxi, mais son passe-temps, c'était la photographie. Il présenta une belle photo de moi à un concours de photo organisé par un hebdomadaire. Il a gagné le premier prix et j'ai fini en couverture. Papa était si heureux qu'il vendit son taxi et se concentra sur sa carrière de photographe local. La chambre noire devint mon refuge favori. Je faisais des photos avec un appareil rudimentaire et appris à l'âge de 6 ans à développer les pellicules et les photos. » En douceur, son père l'envoya à la découverte du monde. À Paris, Lennart commença à photographier des artistes suédois dans les années 50. Ensuite, ce fut le tour des ponts : des ponts suédois, des ponts italiens, des ponts écossais, des ponts parisiens et enfin et surtout, le pont de Brooklyn. Lennart a souvent utilisé son Hasselblad SWC. Dans les années 60, ses appareils photos laissèrent la place aux images en mouvement. Il réalisa une série de documentaires pour la télévision qui firent parler d'eux. Il filma en Inde et au Brésil. Il réalisa un film sur le flamenco en Espagne, pour ne citer que quelques exemples. Au bout de plusieurs années, il se remit à la photographie. Il comprit quelles étaient les chances qu'apportait technique d'impression classique. Il s'initia à l'imprimerie à la gomme bichromatée. Il continua en transformant ses images photographiques de ponts en eaux-fortes. Il s'aventura sur des territoires inconnus. Et il se sentit alors libéré. Aujourd'hui, il dit la même chose sur la liberté qu'offre la technologie numérique. Maintenant, il fait chaque jour une de ses longues promenades sur la côte et y voit de nouvelles images se développer grâce aux nouvelles possibilités offertes lorsqu'il photographie avec son H1 et son dos numérique Imacon. Lorsqu'il retourne dans son studio, il continue à travailler dans Photoshop. « La technique numérique m'a donné une toute nouvelle liberté. J'ai l'impression de produire des images complètement nouvelles, c'est bizarre, mais j'ai ressenti le même genre de libération lorsque j'ai commencé à utiliser des techniques classiques d'impression. Le risque qu'apporte cette nouvelle technologie, c'est qu'il est trop facile de prendre des photos et qu'on finit donc par en prendre beaucoup trop. »
 Il se tourne vers la mer du Nord et médite : « Je n'ai jamais eu l'ambition d'être le premier à prendre une photo et à présenter quelque chose de nouveau au monde. Je ne suis pas ce genre de photographe documentaire. Je pense plutôt que je veux être le dernier », dit-il en riant. « Je ne veux pas que l'image documente », et il ajoute rapidement, « je veux plutôt qu'elle ait une profondeur qui lui permette d'envoûter et de fasciner. »
Sören Gunnarsson |