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September - Ferit Kuyas.

Pourquoi est-ce que certaines formes, certaines lignes nous plaisent toujours, quelle que soit l'époque ? Pourquoi certaines combinaisons d'espace et de forme nous attirent-elles, nous conquissent-elles, et pourquoi d'autres nous laissent-elles froids, indifférents et insensibles ? On peut dire que les courbes pleines de grâce d'un vase ou d'une guitare rappellent les hanches ou la poitrine d'une femme, mais qu'en est-il des lignes modernes strictes qui traversent notre ciel, qui encadrent notre horizon ? Nous contemplons les formes que nous avons créées en essayant de déterminer la forme des choses que nous n'avons pas créées.

La manière de voir constructive de Ferit Kuyas est typique de ces photographies d'architecture, de paysages urbains et de personnes. En réduisant le sujet à un minimum, il en saisit l'essence. Ses photos ont tendance à être très symboliques et elles reflètent un sentiment d'intemporalité. Il se laisse guider par l'espace, la lumière et la texture.

« Dans mon travail photographique, c'est l'interaction entre l'espace, la lumière et les matières que je trouve particulièrement importante. La lumière fait s'éveiller la matière et l'espace sans lumière n'a aucun intérêt d'un point de vue photographique. Les caractéristiques de texture et de surface – l'essence des matières – forment un lien éthéré avec la réalité industrielle de ces photos. C'est ce qui les place sur la frontière existant entre documentation et émotion pure. »
Ferit Kuyas – Industrial interiors

Ferit Kuyas est un photographe entièrement autodidacte. Son père lui fit cadeau de son premier appareil alors qu'il avait 16 ans. Le fait d'étudier l'architecture et le droit, puis d'être diplômé en droit, n'a pas pu l'empêcher de devenir un photographe freelance passionné. « Si je pouvais changer quelque chose à mon passé, je me consacrerais plus tôt à la photographie. Je suppose que j'aurais dû donner une place plus importante à la photographie, mais les circonstances ont fait que j'ai dû commencer mes études tout de suite après avoir fini l'école et j'ai choisi l'architecture. D'un autre côté, je suis convaincu du fait que tout ce qu'une personne fait résulte de ce qu'elle a fait dans une vie antérieure, c'est-à-dire que votre réussite d'aujourd'hui résulte de tout ce que vous avez fait avant. Si c'est vrai, je n'ai pas de problème avec ce que je fais. »


 Au début de sa carrière photographique, Ferit Kuyas a voyagé pendant huit ans en Suisse pour photographier des intérieurs industriels. Beaucoup des énormes bâtiments vides qu'il a photographiés avaient entre 50 et 170 ans.

« Je me suis toujours intéressé à des choses qui sont les témoins du passé – les ruines, les vielles granges, les troncs d'arbres anciens, les cimetières. Les vielles usines exercent sur moi une fascination particulière. Quand je me trouve à l'intérieur d'une d'entre elles, j'ai l'impression d'être un archéologue à la recherche des vestiges d'une civilisation d'autrefois. Et, entre 1987 et 1995, j'ai passé la plupart de mon temps à faire cette recherche intensive. »
Ferit Kuyas - Industrial interiors

Ferit Kuyas a commencé à travailler en freelance en 1989 en se spécialisant dans la photographie d'architecture. On compte aujourd'hui parmi ses clients principaux des designers d'architecture et des agences de publicité. Il réalise également du travail éditorial pour Discover, Newsweek et Condé Nast Traveller. Il travaille de plus sur des projets personnels, dont quatre nouveaux ouvrages. Ses deux publications les plus avancées sont « Industrial Landscapes » et « Archetypes ». « Industrial Landscapes » est la suite de son premier livre intitulé « Industrial Interiors ». « Archetypes » est une série de photos très symboliques en format carré. Parmi ses autres projets, on compte « Cityscapes » et un ouvrage qu'il est en train de réaliser avec sa femme. Il lui faudra encore beaucoup de temps pour les terminer.

Ferit travaille principalement en moyen et en grand format et possède de nombreux appareils photo. Pour le moyen format, il utilise un Hasselblad 500C avec des objectifs de 50, 80 et 150 mm, un Hasselblad 903SWC et un Hasselblad ArcBody avec des objectifs 35 et 45 mm. Pour le grand format, il possède un Arca-Swiss 4x5 pouces avec des objectifs allant de 65 à 300 mm, et un Toyo 8x10 pouces avec des objectifs allant de 165 à 450 mm. Quelquefois, même s'il ne le fait que rarement, il utilise aussi deux Nikon avec des objectifs de 20 à 200 mm.

« Pour les photos d'architecture, j'utilise en général un équipement grand format. J'utilise un pied et de la lumière supplémentaire pour les photos prises en extérieur, et j'utilise en général des focales courtes. Pour les photos noir et blanc, j'utilise des pellicules Kodak Tmax 400, et pour la couleur, des pellicules Kodak Portra 160NC. Lorsque je fais du moyen format, j'essaie d'éviter autant que possible d'avoir à mettre mon appareil sur un pied. »

Pourquoi Hasselblad ?
« Lorsque j'ai commencé, Hasselblad était la valeur sûre en photo, mais je n'avais pas les moyens de me payer cette marque. Mais j'en ai aussi un autre souvenir. Certains de mes plus grands héros photographes tels que Ansel Adams en utilisaient un. La valeur de l'équipement était donc toujours associée à une expression artistique de qualité supérieure. Aujourd'hui, je le considère comme un outil de grande valeur, un outil qui a une âme. Et je réalise la plus grande partie de mon travail artistique avec. Je pense que les caractéristiques d'une photo Hasselblad « classique » résident dans sa superbe définition apportée par les objectifs et la forme carrée du négatif. La plupart des artistes considèrent le négatif carré comme un grand défi à cause de sa forme équilibrée. Il faut du temps et beaucoup de dévouement pour arriver à maîtriser et à travailler avec le format carré de manière naturelle. À mon avis, cette forme est parfaite pour les photos symboliques, intemporelles et métaphoriques. » 

Et l'avenir ?
« J'aime faire des expositions et des livres et j'aimerais plus gagner ma vie avec le travail que je réalise en tant qu'artiste. Malheureusement, je suis très critique avec moi-même et avec mon travail. Je me considère comme une personne patiente mais, quand je vois ce que j'ai réussi à faire jusqu'ici et ce que j'aimerais encore faire, je me sens mal. J'ai tellement de projets que je voudrais pouvoir intégrer dans des expositions et des livres. En fait, j'adorerais faire ma première exposition à New York, la capitale de la photographie. »

Kerstin Fiedler