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July - Sally Gall.

À sa base la plus extrême, la photographie préserve ce que nous voyons, elle incarne la mémorisation visuelle du moment historique. Dans les mains des meilleurs photographes, les appareils photo saisissent beaucoup plus que cela. Ils nous donnent des images qui font allusion à ce que nous croyons être sous la surface, ils font ressortir les émotions, les humeurs qui nous ont accompagnés à un certain endroit et un certain moment. De telles images nous permettent de voir ce qui est dissimulé ; elle révèle l'essence d'une chose.

« J'ai toujours voulu être artiste, peut-être sculpteuse ou peintre, et lorsque j'ai découvert la photographie, j'ai réalisé qu'il s'agissait du médium avec lequel j'allais pouvoir m'exprimer », raconte Sally Gall. « Je pouvais dialoguer avec le monde réel, être dans le monde réel, traverser le monde réel et non pas être isolée dans un studio. Ce qui me plaisait vraiment, c'était d'être dehors car l'amour de la nature a toujours été l'une de mes passions les plus intenses depuis mon enfance. Il me paraissait donc tout à fait logique de photographier le monde naturel.

J'ai passé un BFA de photographie en 1978 à la Rhode Island School of Design. J'ai ensuite commencé à enseigner la photographie, tout en continuant à faire de la photo. Ce n'est que lorsque j'ai été m'installer à New York, en 1989, que j'ai réalisé quelles étaient les possibilités qu'offraient le monde gigantesque de la photographie freelance dont les clients sont les magazines, la publicité, les contrats privés.


Je me suis mise à aller voir des éditeurs photo et des directeurs artistiques pour leur montrer mon portfolio et j'ai commencé à faire du travail éditorial, ce qui m'ouvrit la porte d'un domaine tout à fait nouveau pour moi, consistant à résoudre les problèmes d'un client, ce qui constituait une motivation de photographier très différente de ma motivation personnelle. Les boulots que j'ai obtenus m'ont permis d'aller dans des endroits et de rencontrer des gens que je n'aurais jamais vus dans aucun autre domaine,
qu'il s'agisse de photographier la vie dans un village lointain et inaccessible (si ce n'est par bateau) des îles Fidji ou à photographier les athlètes olympiques de l'équipe de judo féminine d'Israël.

J'ai eu des clients très divers : The New York Times Sunday Magazine, Travel &Leisure Magazine, Esquire, Men's Journal, et la liste n'est pas terminée. J'ai pu enchaîner sur des contrats dans la publicité et, bien que je ne le fasse pas souvent, cela m'a permis de réaliser quelques-uns de mes travaux les plus intéressants, dont une publicité pour une chaussure de cross Adidas avec un magnifique paysage désert et un chemin menant dans les bois,
et une autre fois, toujours pour Adidas, un coureur, petit, représenté dans une vaste étendue de dunes de sable, d'océan et de ciel, sautant dans les airs en franchissant la crête de la dune. J'ai réalisé ces photos en noir et blanc, le médium que j'ai choisi.

Mon projet personnel actuel est un ensemble de travaux qui sera exposé en même temps que la publication de mon prochain livre intitulé « Into Darkness ». Il contient des photos ayant pour thème un voyage souterrain, dans des cavernes, des grottes, des photos sur le mystère des ténèbres. Après avoir photographié des paysages pendant des années, intérésse par la lumière et les grands espaces, il était logique de s'attaquer à ce qui se trouve en dessous.

Sa parution est prévue pour 2002. L'une de mes plus grandes fiertés est la publication de mon livre intitulé « The Water's Edge » par Chronicle Books/Umbra Editions en 1995 : il contient des photos ayant pour thème la sensualité de l'eau et la frontière séparant l'eau de la terre, le liquide du solide.

 


Je me partage entre mon travail personnel et mes contrats, ce qui change tous les ans. Je travaille avec un Hasselblad depuis le premier jour car je suis naturellement attirée par le format carré et l'incroyable netteté des objectifs. Les paysages se prêtent en général plutôt au format rectangulaire classique, mais je voulais faire quelque chose de différent. Je travaille de manière très minimaliste avec la même pellicule et les mêmes objectifs. Je possède un 35 mm et je me suis mise à travailler en
format 4x5 avec l'appareil que je viens de m'acheter. Je n'utilise pas le 35 mm très souvent, je trouve ça trop petit, l'image que l'on voit dans le viseur, mais aussi le négatif. Je n'ai pas d'avis sur la photo numérique. C'est juste un autre médium auquel je ne me suis pas encore intéressée. Ça a l'air pratique pour les travaux commerciaux, mais pour le moment, l'art du tirage m'intéresse toujours beaucoup, c'est pourquoi je préfère avoir un négatif qu'une impression numérique.

Je pense que la clé du succès réside dans l'effort, un mélange de passion et de détermination. Le conseil que je donnerais à un jeune artiste est de se motiver soi-même et de ne dépendre que de soi-même car le succès et les récompenses venant de l'extérieur sont très difficiles à obtenir. La photographie se fait principalement en solo, malgré les équipes de production que l'on a sur les shootings commerciaux. Il faut être capable de se motiver et d'y aller seul. Et je lui conseillerais aussi de croire en sa propre vision. Le plus difficile est vraiment d'avoir une vision qui soit uniquement la sienne et celle de personne d'autre. La manière d'y arriver est l'un des mystères les plus difficiles à dévoiler. »

Sally Gall a raconté son histoire à Kerstin Fiedler