Lorsque sa famille déménagea dans une autre ville, il avait 17 ans et voulu assister à un concert du groupe local, Solution. « Il fallait absolument que j'y assiste mais personne ne voulait venir avec moi, alors, j'y ai emmené l'appareil de mon père pour me donner une espèce d'excuse d'y être. J'ai pris quelques photos que j'ai envoyées au journal et qui les publia immédiatement. »
Une étape crucialeLe succès amena le succès. Il y eut d'autres concerts et les grands journaux hollandais allaient bientôt publier ses photos de manière régulière. Au bout de quelques années, durant lesquelles il abandonna des études de photo à La Hague et où il travailla pendant dix-huit mois comme assistant photographe, il alla vivre à Londres en 1979. C'est la musique du groupe Joy Division qui le convainquit de franchir ce pas crucial. Il était tellement passionné par leur musique qu'il avait l'impression de devoir vivre à leur proximité. Une des premières photos qu'il prit en Angleterre était en fait une photo de Joy Division avec Ian Curtis au premier plan. Elle ne devint célèbre qu'après la mort de celui-ci.  Une combinaison magiqueQu'il se soit lancé dans une carrière photographique par hasard ou non, l'amour de la musique d'Anton Corbijn et son affinité naturelle avec l'appareil photo sont les ingrédients magiques qui ont nourri l'énorme succès qu'il rencontre en tant que photographe. Les 28 années qui se sont écoulées depuis ce fameux concert de Solution ont vu défiler devant son appareil une série impressionnante de musiciens, d'auteurs, de mannequins, d'acteurs, de réalisateurs et de bien d'autres célébrités. David Bowie, Mick Jagger, Don van Vliet (plus connu sous le nom de Captain Beefheart), Frank Sinatra, Martin Scorsese, William Burroughs, Robert de Niro, Luciano Pavarotti, Nicholas Cage, Steven Spielberg, Naomi Campbell, pour n'en citer que quelques-uns. Et, bien qu'Anton Corbijn photographie à présent des célébrités dans presque tous les domaines, il continue pourtant à préférer travailler avec des musiciens. « Contrairement aux acteurs et autres, les musiciens sont généralement eux-mêmes, ils n'ont pas besoin de jouer un rôle. Les musiciens sont vraiment le prolongement de la musique qu'ils jouent. »
Voir la réalité des chosesLe style distinctif de la photographie d'Anton Corbijn a été formé par le désir de faire le portrait de la réalité telle qu'elle est. Et dans les photos d'Anton Corbijn, les célébrités normalement inaccessibles posent d'une manière dont le monde ne les a encore jamais vues : froides, vulnérables, douces et sentimentales en même temps - dans un esprit romantique qui détermine Anton Corbijn. Il a une grande admiration pour Robert Frank, Cindy Sherman, Andreas Gursky et Irving Penn.
Hasselblad et trois objectifs, rien d'autreAnton Corbijn a rapidement décidé d'être son propre patron. Il a un assistant photo et un assistant personnel sous ses ordres. Ce n'est pas le genre de photographe a se déplacer avec une montagne d'équipement. Tout ce dont il a besoin, c'est de ses deux appareils Hasselblad (un 501CM et un 503CW) et de trois objectifs (60, 80 et 120 mm). Sa philosophie est très simple : pas de pied, pas de studio, juste la lumière disponible et un appareil portable. « Le fait de toujours travailler avec un appareil portable me permet quelquefois de saisir involontairement certains objets à l'arrière-plan. Ça fait partie du charme – je ne veux pas que mes photos soient trop austères. Je recadre très rarement mes photos par la suite. » Anton Corbijn est définitivement passé au moyen format pour son livre intitulé « Star Trak ». « Après 15 années passées à travailler en 35 mm, ça a vraiment été une expérience inspirante d'essayer de se lancer dans une nouvelle manière de composer l'image. » | |  Un CV long et remarquableLa créativité d'Anton Corbijn s'étend sur une large gamme. Son CV est long et très impressionnant. Durant toutes ces années, il a travaillé sur une variété prolifique de couverture de CD, de vidéos, de livres, d'affiches et d'expositions. Au milieu des années quatre-vingt, il créa la société State produisant des vidéos et des films. Le travail d'Anton Corbijn a été publié dans quatre ouvrages principaux, la plupart réalisés dans les années quatre-vingt-dix. Sa plus grande satisfaction est celui intitulé « 33 Still lives » qu'il décrit comme étant « un documentaire de fiction sur le monde des célébrités », et une réaction à la manière actuelle de photographier les personnes célèbres qui, selon lui, a perdu toute spontanéité et devient trop stéréotypée. Utilisant le style des paparazzi, il a photographié des personnes célèbres en connaissance de cause et avec leur permission en leur demandant de jouer différents rôles. Elles ressemblent aux photos de films imaginaires. Reste-t-il quelque chose qu'Anton Corbijn voudrait encore atteindre ? « J'ai un rêve », explique-t-il. « Je veux réaliser un timbre pour la Hollande. Si je le dis suffisamment souvent dans des interviews, peut-être que ça arrivera un jour », dit-il avec perspicacité. Inspiré par les rencontresAlors, qu'est-ce qui peut bien encore motiver cette homme à continuer de voyager dans le monde, photographiant des célébrités, après presque trois décennies ? « C'est le fait de rencontrer des gens qui me motive et m'inspire. Je me suis fait beaucoup d'amis à travers mon travail. C'est un processus assez lent. Ça prend du temps de construire une relation mais ça peut durer toute une vie. J'ai de nombreux amis que j'ai suivis depuis le début de leur carrière et avec qui je travaille toujours aujourd'hui. » L'une des relations la plus ancienne et la plus connue d' Anton Corbijn est celle qu'il entretient avec le groupe U2. Il se sont rencontrés pour la première fois en 1982 et c'est Anton Corbijn qui a réalisé la couverture de six de leurs albums depuis. Les plus connus sont « The Joshua Tree » et « Achtung Baby », deux couvertures totalement différentes. La rencontre d'Anton Corbijn avec Depeche Mode en 1986 et le travail qu'ils ont réalisé ensemble par la suite lui a valu qu'on lui demande de réaliser le décor de la tournée 1995–96 du groupe, « Devotional Tour », une tâche énorme qui impliquait de réaliser le décor de deux scènes comportant au total onze écrans géants. C'est lui qui a réalisé la plus grande partie de la documentation du groupe depuis 1986, dont 17 vidéos, 5 couvertures d'albums CD, la partie graphique d'albums, d'affiches, de photos de presse, etc. Le livre intitulé « Strangers – Depeche Mode » contient un nombre impressionnant de photos prises à l'occasion de ces réalisations qui n'avaient jamais été publiées auparavant. Le talent ouvre des portesMais comment fait Anton Corbijn pour obtenir de ces célébrités qu'elles lui ouvrent leur porte avec autant de liberté ? La réponse à cette question réside sans aucun doute dans le talent photographique d'Anton Corbijn. Le talent engendre le respect et Anton Corbijn est un photographe très respecté. Mais le talent seul ne suffit pas pour rencontrer le succès qu'il rencontre et on ne peut s'empêcher de se demander si Anton Corbijn aurait été si loin s'il avait pris la grosse tête. Il n'en a en tout cas jamais donné l'impression. Mais sa personnalité joue également un grand rôle dans le succès rencontré. Quiconque entre en contact avec Anton Corbijn rencontre un photographe modeste et amical, un homme qui prend son temps, même si c'est ce qu'il a le moins. C'est un homme qui adore rencontrer des gens, qu'il s'agisse de gens connus ou non. Kerstin Fiedler |